
Que dire? Je suis fourbu!
Celui qui n'est "pas venu pour les bien portants et pour les riches, mais pour les malades et les pêcheurs" doit se retourner dans sa tombe qui d'ailleurs ne l'abrite plus depuis trois jours après sa mort...
Quelle place doit-on faire à la part de l'homme, et à son inexorable poids d'humanité, dans un univers dont les enjeux imposent de mettre les religions en concurrence, comme s le jeu consistait à montrer laquelle sera la plus dogmatique pour remporter les fidèles les plus fous ? Faut-il considérer que c'est la stricte observance qui définit la valeur du croyant ou son sincère repentir qui en fait le grand roi comme David ou Salomon ? La foi devient-elle un enjeu politique au point de détruire l'essence même de sa valeur: la croyance sincère que l'homme, fait à l'image de Dieu, est amour et compassion, don et accueil de la richesse de chacun. Comment ne pas considérer que "ce qui est fait au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous le faites" ?
J'avoue m'épuiser en questions essentielles qui fondent mon action et définissent mon engagement. Je me bats pour des valeurs qui, tout en étant chrétiennes, rejoignent l'intérêt profond que m'inspire les hommes et les femmes qui m'entourent. C'est ce regard différent qui fait que j'agis selon ce que je crois être la racine de mon baptême: cet engagement, reçu parl'intervention d'autres mais qui fait que la grâce s'active au delà des mots et se construit autour de l'Esprit-Saint qui gouverne les hommes et les femmes de bonne volonté!

L'actualité me bouleverse et fait vaciller la construction de ma vie!
Est-il possible qu'en un lieu aussi reculé que le Brésil, notre Église, celle qui s'est construit sur les réalité de notre histoire, ait à ce point oublié ses racines pour porter l'oprobe sur la famille et les médecins qui ont accompagnés une petite de neuf ans enceinte de jumeaux. Le débat est terrible et me couvre de doutes! Ainsi une enfant, d'âge de CE2, se trouve enceinte de jumeaux par l'action de son beau-père. En accord avec les médecins et la mère, un avortement thérapeutique est mis en œuvre. C'est terrible, mais que faire d'autre pour la préserver ? C'est sa vie qui est en cause, la mère, agit selon le bon sens! Or, voici que notre Sainte-Mère a son mot à dire. La vie, celle improbable des jumeaux, est prioritaire... La mère de la petite fille est excommuniée, et tous les praticiens aussi!

Je repense à mes cours de philosophie. Le bon Père qui me l'enseignait, dans un établissement non moins de qualité, me rappelait sans cesse, qu'en toute chose il faut chercher la cause première. Il en déduisait l'existence de Dieu qui Lui seul était sans cause. Or, ces petits jumeaux ont une cause unique. Celle de la rencontre des spermatozoïdes du beau-père et du premier ovule, pourtant improbable, de la petite fille. Il s'en suit une grossesse gémellaire... Tragique! Qui est responsable ? La petite de 9 ans qui subit les assauts de ce tordu, ou le beau-père qui abuse impunément de la petite fille offerte à sa perversité ? Et bien le débat est tranché: "il est plus grave d'avorter que de violer une gamine de neuf ans"! En conséquence l'Église sanctionne la mère de la petite et les médecins, mais ne prononce aucune sanction à l'égard de la cause première: le gros dégueulasse qui a mis la petite enceinte, obligeant par là même les médecins et la Maman à procéder à l'avortement nécessaire pour sauver la petite fille qui, à coup sûr, n'aurait pas survécu à un telle grossesse et à son accouchement!

Les sites et blogs du monde entier sont indignés! Des histoires atroces resurgissent comme celle de cette mère argentine. Le Président du Brésil a tenté d'infléchir en vain la position tranchée du Vatican. C'est à pleurer tant la dureté de la réaction est indigne du sentiment de charité du Christ lui-même! Marie-Madeleine est pardonnée, le condamné à mort au Golgotha est assis à la droite de Dieu, Saint-Mathieu est accueilli au delà de son amour pour l'argent, le Samaritaine est écoutée à l'égal des autres, mais au Brésil, une enfant de neuf ans doit vivre et périr de sa grossesse pour que l'image soit sauve! Je crie "halte!" et je m'insurge...

Je suis malade d'une telle dureté. D'autant que je trouve que ce fait se fonde avent tout sur des considérations politiques et que l'Église tente de s'imposer dans les territoires d'Amérique latine, face à d'autres religions, dont le protestantisme, qui gagnent du terrain. Dans le même temps, il est difficile de ne pas rapprocher cette excommunication des ouvertures faites aux intégristes dont Mgr Williamson dont j'ai j'ai parlé dans un ancien billet.... Le durcissement des position de l'Église romaine est symptomatique d'un malaise identitaire dont Benoit XVI est le représentant et pour lequel il convient d'apporter une réponse ferme et dogmatique aux positions de l'Islam et de ses valeurs! Au fanatisme de quelques agités de la bombinette et des attentats répond une Église fantomatique qui se cherche par l'emploi de décisions unilatérales et extrêmes à l'égard de ses plus faibles. C'est lâche et décevant! Inadapté et inconcevable quand il s'agit de la survie d'une enfant de neuf ans...
Pire, et pour rendre l'offense encore plus cruelle, on ne condamne pas d'une même peine l'auteur premier de la grossesse: le salopard qui a abusé d'une petite de CE 2 pour son plaisir personnel! Cet homme, qui a éjaculé en elle et provoquer cette grossesse pour laquelle aujourd'hui on condamne sa mère et ses médecins, s'en sort sans souci avec trois Pater et quatre Avé!
Pitié, revenez sur cette décision inique et si contradictoire aux bras ouverts du Christ de Rio!
Regardez cette enfant, et cette Maman aimante, qui a pensée d'abord devoir sauver son enfant. Sur des milliers d'histoires semblables dans les pays du Tiers-Monde, celle-ci fait les manchettes des journaux... Ne donnez pas le témoignage d'une Église qui punit mais plutôt celui d'une Église qui accueille et pardonne! Sanctionnez cet homme de vice qui a sali une enfance et son innocence! Soutenez cette Maman qui n'avait d'autres solutions que de sortir du ventre de sa fille condamnée ces jumeaux improbables, fruits de sa désunion et de la dérive de son amant. Apportez écoute et compassion à cette enfant blessée. Ne soyez pas ces "sépulcres blanchis, blancs à l'extérieur, et plein de pourritures à l'intérieur"! Le monde attend de l'Église ce témoignage d'écoute et d'Amour! Ne soyez pas les nouveaux Pharisiens!

Sinon, prenez le risque que toutes les femmes de plus de 15 ans et leurs parents, que tous les médecins, infirmières et aides-soignantes qui ont participés de prés ou de loin à des avortements, soient tous référencés et excommuniés au même titre que ce qui vient d'être fait au Brésil. Cette étude devra porter sur toute l'histoire et dans tous les pays du monde. Faire autrement serait une vraie injustice à l'égard des brésiliens aujourd'hui rejetés. La tâche est immense mais c'est peut être finalement le but recherché!
Pour ma part, je redis que les femmes victimes de tels viols et actes de barbarie de la part d'un homme doivent être aimées et aidées. Que les auteurs de ces actes doivent être punis par la loi et par l'Église. La barbarie ne doit pas passer! Sortons du Moyen-Âge pour mieux grandir! Considérons enfin les hommes comme une humanité en permettant aux femmes d'être considérées à l'égal des hommes! Arrêtons ce discours catastrophique comme quoi "le viol est moins grave que l'avortement"! C'est une insulte et un non-sens humain, inaudible à toute personne de cœur et de bonne foi! Je crois relire avec horreur le pénitentiel de Saint Colomban qui hiérarchisait les fautes selon les besoins de son temps!
Salut!
PS:le 12 mars, quelques évêques français de bon sens réagissent à cette terrible affaire! Enfin du bon sens, de l'écoute et de l'Amour: Suivez ce LIEN